COMPRENDRE

Comme la plupart des régions côtières, le littoral basque subit une accumulation de pollutions observées en mer et à terre. Il y a trois grandes familles de pollution :

Les macro déchets : tout ce qu’on voit sur les plages, tout ce qui flotte sur l’eau, le plastique déposé au fond du Golfe (50.000 Tonnes) ou qui navigue entre deux eaux (15.000 Tonnes). La durée de vie peut aller de quelques semaines comme le papier à plusieurs siècles comme le plastique ! 70% des déchets lourds recueillis sur les plages sont d’origine végétale, venant de l’intérieur de nos terres. Ce chiffre est encore plus fort sur les plages attenantes à la barre de l’Adour (graphique).

La contamination bactériologique ou microbiologique est composée de bactéries ou germes contenus dans les excréments, les lisiers, les sédiments, les eaux usées non traitées ou transmis par les rejets d’assainissements incomplets. En fait, ces bactéries vivent dans notre flore intestinale et un homme rejette mille milliards de germes par jour (contamination fécale) dont certains sont pathogènes.

Les eaux de baignade de l’été ont donné leur "pavillon de noblesse" à ces colonies de bactéries et tout particulièrement à deux d’entre elles qui sont les indicateurs à partir desquels on calcule la salubrité ou l’insalubrité des plages, les deux coliformes : Streptocoques Fécaux et Escherichia Coli, la plus dangereuse. Elles ont une durée de vie allant de 3 heures (temps dégagé) à 12-24h (temps couvert). Elles sont à l’origine de plusieurs infections : peau, ORL, appareil digestif, touchant davantage les personnes âgées et les enfants.

La pollution chimique, toxique, de loin la plus nocive, présente un danger pour la vie. Elle cause des transformations génétiques, des maladies graves comme le cancer et la transformation radicale de l’écosystème.

Elle est constituée de trois genres différents :

les composés organiques de synthèse, des produits chimiques utilisés par l’homme au nom d’une manière de vivre et de produire (détergents, produits de nettoyage, pesticides, désherbants, PCB, DDT). Cette pollution est très peu étudiée : "écotoxicologie". Parfois elle est aiguë, tuant des espèces entières d’oiseaux ou de poissons qui ingurgitent par exemple les pesticides. Souvent, elle est chronique, agissant insidieusement.

Les métaux lourds contenus dans les peintures, antifouling, antiroulis, ou le mercure dans les piles. Les hydrocarbures.

Les nitrates et phosphates utilisés pour engraisser les terres cultivables, sont causes de l’atrophie de l’eau, c’est-à-dire de la "mort" de l’eau excessivement azotée et privée d’oxygène. C’est la bioaccumulation de tous ces polluants dans les espèces aquatiques qui devient une menace sérieuse pour l’écosystème. À ce titre, toute pollution a son importance où qu’elle soit.

Comme le mètre ou le gramme pour déterminer la longueur et le poids, une mesure de calcul de la pollution domestique a été choisie pour fixer la teneur en pollution d’une ville ou d’un village, c’est le "équivalent/habitant/jour" qui sert de base pour le calcul des volumes à traiter dans les stations d’épuration. l’équivalent/habitant est égal au rejet de 150 L par jour d’eaux usées plus 60 grammes de DBO (Demande Biochimique en Oxygène).

Ce fromage sur les origines des déchets flottants (bois, plastiques animaux marins, déchets ménagers, articles

de pêche animaux morts) ramassés sur les plages d’Aquitaine est plein de "saveurs" internationales : la France

est le premier "fournisseur" (40%), suivie de l’Espagne (35%), du Portugal (5%), de l’Asie, Maroc, Grèce ( 7% ) , autres pays (13%).

Ceci veut dire que les circuits de pollution prennent des routes différentes. Ils peuvent venir de la mer (courants marins, usages des marins…), de terre (bassins versants, rivières), du littoral (surpopulation, principalement la saison estivale). Les pressions atmosphériques ont aussi un rôle capital (vents, pluies, orages).

En aval de la zone côtière, la pollution qui vient de mer

La Côte Basque réceptacle du Golfe de Biscaye

La Côte Basque se situe au fond du Golfe, nous sommes positionnés géographiquement dans l’angle, et les courants font que tout le monde nous envoie sa pollution en plus de celle abondante que nous générons. Voici un exemple de cette concentration : les quantités ramassées sur les plages de la Côte Basque sont de 200 tonnes/an au km (au total 5.000 T),les Landes 84 T/an, au km (au total 9.000 T/an).

La carte des courants est primordiale pour comprendre que le Sud du Golfe de Biscaye, et tout particulièrement notre région, est un réceptacle, une sorte d’entonnoir. C’est une donnée fondamentale : à partir de l’automne, le grand courant dominant, dit du Portugal décelé en 1986, entraîne les eaux côtières du littoral Cantabrique d’ouest en est, chargées des déchets divers envoyés par les décharges sauvages du littoral; comme la montagne de 100.000 T de déchets qui s’effondra dans la mer en 1996 à La Coruña. Puis, au mois de Juillet-Août, ce sont les eaux côtières de l’embouchure de la Gironde, les eaux du littoral Atlantique chargées de toute la pollution provenant de l’industrie (papeteries entre autres.), de l’agriculture, du tourisme, qui redescendent au fond du Golfe par un autre mouvement de mer du Nord au Sud. 

A cela s’ajoute la dérive du littoral qui prend la direction permanente Nord - Sud. Tous ces déchets additionnés à ceux générés localement tournent en rond pendant des années en eaux profondes, entre deux eaux et en surface jusqu’à finir leur triste voyage sur les plages du Pays Basque et des Landes.

Il est prouvé que selon les vents dominants d’ouest en hiver et le courant de fond, un sac plastique peut faire le trajet La Coruña – Guéthary en 4 mois. Quoi qu’il en soit, ayant une durée de 200 ans dans l’eau, il a tout son temps.

La Pollution chimique introduite dans la chaîne alimentaire marine

La mer transmet la pollution d’un pays à l’autre. On le voit pour les macro déchets ; on le voit moins pour les polluants chimiques, en suspension dans l’eau. Les produits chimiques persistants (peintures, vernis, insecticides, produits rendant ininflammables les plastiques, bois), les PCB, polychlorobiphényls, sont des voyageurs au long cours, pouvant parfois réaliser de longs trajets et suivre la chaîne alimentaire jusqu’à l’homme.

La mer peut ainsi transmettre la pollution d’un poisson à l’autre et du poisson à l’homme. Il y a une liste de 200 polluants chimiques dont les molécules ont une durée de vie d’environ 20 ans. Ils peuvent se trouver chez les manchots de l’Antarctique comme, dans un bar de Méditerranée ou comme on l’a constaté dans le ventre d’un mammifère marin du Golfe de Biscaye. Il y a tout un champ d’investigation ouvert pour dessiner la traçabilité de la pollution chimique locale et celle des côtes voisines. L’algue dénommée "caulerpa taxifolia" introduite accidentellement au musée d’Histoire Naturelle de Monaco, d’origine tropicale, est en train d’envahir la côte méditerranéenne. Le crustacé " Hemigrapsus penicillatus ", d’origine du Pacifique Nord Ouest, se retrouve à La Rochelle depuis 1994, puis Arcachon, île de Ré, Ile d’Oléron. De même le crabe chinois "Eriocheir sinensis" est répertorié en Gironde, Dordogne… Embarqués clandestinement sur les coques et les eaux de ballastage des cargos, les larves et juvéniles de ces espèces et de beaucoup d’autres ont transité d’un continent à l’autre. Ce qui est vrai de ce crabe asiatique peut l’être d’un produit polluant.

Transport maritime Pêche, Plaisance

La pollution introduite par les marins eux mêmes est évidente. Les déchets cités auparavant venant d’Asie, du Maroc ou de Grèce ne sont pas venus tout seuls. Ils ont été rejetés à la mer par les navires de commerce longeant nos côtes. De même, les vidanges en mer, les dégazages, c’est-à-dire, les nettoyages de cuves, les rejets de milliers de tonnes de poissons non commercialisables (environ 30 Millions de Tonnes/an, 30% des captures) par les chalutiers ou autres, les abandons de filets qui continuent à pêcher au fond, les rejets à la mer de piles, de métaux divers, les rejets de plastiques et produits contaminants divers (peintures etc.) de la part des plaisanciers… constituent une source de pollution atteignant près de 15% de la pollution marine. Il y a un tapis de mort en fond de mer qui porte un grand tort à la reproduction des poissons et à l’ensemble de l’écosystème.

Les marées noires, Amoco Cadiz, Erika… ont mis en évidence la contamination par les hydrocarbures entraînant la mort d’oiseaux, de poissons et la dégradation du littoral et des activités de conchyliculture (huîtres, moules) : Elles représentent 5% de la pollution marine mondiale. Le laxisme en matière de vigilance et le rentabilisme sont les principales causes des marées noires.

 

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