Changer de mentalité et d’habitude.

D’un côté, le progrès galope vers des sommets jamais atteints : câblage de toute l’Europe en fibre optique, occupation du ciel par les satellites, révolution de la génétique, de l’informatique… De l’autre, la planète souffre chaque
jour davantage des conséquences de ce progrès.
Quel changement opérer face à cette pollution permanente et grandissante de la mer malgré les efforts réels d’assainissement? La réalité est lourde : chaque
année, les hommes rejettent 5 millions de tonnes de déchets à la mer, sans compter tous ceux qui viennent de terre, ni les mille millions de tonnes d’hydrocarbures et d’eaux polluées en tout genre. Chaque année, les activités des êtres humains rejettent 7 milliards de tonnes de gaz carbonique, (64% proviennent des pays industrialisés), dont 5 viennent grossir le couvercle de la “serre atmosphérique” et 2 se retrouvent en mer.
C’est une authentique folie qui ne semble pas s’arrêter là! Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 40% depuis 1990.
C’est la main de l’homme qui est l’instrument de cette course folle, c’est-à-dire nos mains à nous tous, il faudra donc s’adresser au cerveau, éveiller les consciences et y puiser les gestes salutaires pour la survie de la planète. À l’image du poisson, l’être humain se dégrade d’abord par la tête; le drame est qu’il n’en a souvent pas connaissance. Le premier changement à opérer, c’est donc un changement de mentalité de façon à ce que chacun en mer et à terre devienne plus responsable de ses gestes, de son mode de vie, de sa pensée, de son environnement proche et lointain. Cette situation souligne que le principe “qui pollue, paie” est insuffisant car celui qui a les sous s’arrogerait le droit de polluer la planète!

6 attitudes ou traits de mentalité responsables

1 Commencer par soi-même

À l’image du pêcheur de la Bande dessinée qui finit par ramener ses déchets à quai, ce serait à chaque pollueur de toute la filière, de la montagne à la mer, de faire un examen de conscience et de se responsabiliser : car l’eau c’est notre vie à tous et à chacun! La propreté de la mer et des rivières, ce n’est pas que l’affaire des marins ou des pouvoirs publics, c’est notre affaire à tous, enfants, jeunes, adultes de la Côte comme de l’Intérieur des terres.
Il s’agit de se dire : “moi aussi, pêcheur, agriculteur, travailleur, industriel, politique ou fonctionnaire, je suis un maillon responsable de la chaîne de la vie, un citoyen” en prenant conscience une fois pour toutes que la mer est un
milieu vivant dont nous, humains, nous ne sommes pas propriétaires mais gestionnaires au niveau personnel, communal, départemental, inter-régional, européen, mondial. Il n’y pas de geste insignifiant en matière de contamination. Tout geste est important!

2 Produire, agir, en respectant les lois en vigueur
Produire du foie gras, du maïs, du fromage, des jambons, des truites de pisciculture, pêcher des anchois ou des daurades, construire des avions, développer le tourisme, l’artisanat, les services, c’est indispensable à la
région. Mais l’heure est venue de faire tout cela en s’occupant de la pollution générée par toutes nos activités…
Il s’agit donc ni plus ni moins de se préparer à une nouvelle civilisation où la qualité de l’eau est non pas au bout de la chaîne, après tout le reste, mais au début, au milieu et à la fin. Si chacun applique les réglementations qui lui correspondent à terre et en mer, il y aura moitié moins de pollution et un peu plus de ressource en mer.
3 Avoir l’habitude de se préoccuper de celui qui est en aval, plus bas que soi
D’ordinaire, on ne “balance” pas sa poubelle du 3e étage au second. Pourtant dans la nature c’est une cascade de polluant de haut en bas!
Il est opportun d’encourager les élus pour que le schéma d’assainissement soit appliqué en montagne, en plaine, en vallée, sur les villes du littoral, et en mer sur les bateaux, sinon c’est le rez-de-chaussée, c’est-àdire la mer qui prend tout, et les habitants du rez-de-chaussée ce sont les poissons. À titre d’exemple, les pêcheurs de Eljadila (sud du Maroc) sont privés de poisson. Celui-ci a disparu suite aux rejets directs d’acides à la mer, provenant de la mine de phosphates proche.
4 Penser globalement et agir localement, Agir globalement et penser localement
La pollution de la mer est un problème mondial et en même temps local et personnel. C’est bien de changer le monde, c’est mieux de balayer devant sa porte et d’avoir le souci de l’assainissement de ses eaux usées. C’est bien de se lamenter sur le sort de l’ours polaire, des manchots des Kerguelen ou de la forêt amazonienne, c’est mieux de voir ce que deviennent les poissons de notre littoral, de l’Adour ou de la Bidassoa. À l’inverse, on a beau avoir les eaux aussi pures et claires que l’eau de roche sur la Côte Basque, si la mer continue à charrier toute sorte de contamination venant de partout, la ressource sera-t-elle plus avancée ? Peut-on longtemps améliorer ses propres conditions de vie et en même temps ignorer les millions d’êtres humains vivant dans une situation infrahumaine, manquant entre autres d’eau potable ?
La pollution comme la misère sont une conséquence du mode de vie des hommes. Le Sommet de la Terre de
Rio l’avait amplement souligné : l’action est locale et Internationale.
C’est là que réside le défi : Penser globalement et agir localement, agir globalement et penser localement
Un jour de 1985, un comédien artiste, révolté par le malheur, inventa les “Restaus du cœur”, donnant à manger avec les excédents alimentaires. Cette action continue à soulager des millions de personnes à travers le monde.
Un moine commença à ramasser des chiffons et des cartons avec un ex-detenu dans la rue, l’hiver 1954 : aujourd’hui, des milliers de “chiffonniers d’Emaûs” créent des emplois et répondent aux besoins des consommateurs à partir de la récupération. Ces actions aujourd’hui internationales ont commencé un jour
par une personne, un geste.
Un jeune pêcheur a commencé à ramener ces déchets à quai, en 1995; depuis, cette action est entrée dans les mœurs de plusieurs ports du littoral basque.
La loi sans les mœurs, sans les actions, c’est comme une partition de musique sans musicien ou une voiture sans chauffeur. Les mœurs commencent toujours par une petite action qui devient peu à peu un mouvement de masse. Il en est de même avec plusieurs mouvements de défense de la nature.

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