Aloses et Saumons grands témoins de l’histoire de l’Adour

Voici un article de Patrick Prouzet (IFREMER) faisant le bilan en ce qui concerne la pêche sur l’Adour. La pêche professionnelle sur le bassin de l’Adour et des Gaves est une activité ancienne. On signale dès le XIe siècle une activité de pêche importante. À cette époque, on vendait sur le marché de Bayonne lamproies, aloses, saumons et esturgeons. Le bassin de l’Adour était célèbre pour ses populations de grands saumons. Ceux-ci pouvaient atteindre couramment le mètre et dépasser les 10 kg après avoir passé 3 ou 4 hivers en mer.

Sans remonter si loin, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe l’activité de pêche était encore fort intense et les prises abondantes (tableaux 1 et 2). Environ 1000 marins pêcheurs exerçaient leurs métiers et Port de Lannes constituait un des principaux centres de l’Inscription Maritime. À cette époque, plus de 60 tonnes de saumons et de truites étaient retirées du fleuve chaque année. Une centaine d’aloses pouvaient être débarquées annuellement. De nombreux équipages de 5 à 6 marins tiraient les sennes sur les bords de l’Adour. Avant la deuxième guerre mondiale, bien que le nombre de marins ait diminué fortement, les productions étaient encore conséquentes. Le fleuve continuait à dispenser ses bienfaits.

La civelle était expédiée en nombre Outre Bidassoa. On estime que de 1915 à 1928, entre 100 et 500 tonnes de civelles étaient produites annuellement et mis en conserve. Elle était si abondante que l’on en faisait de la rogue pour la pêche au filet droit ou même de la colle!

C’était l’époque où le fleuve était peu artificialisé, les barthes étaient entretenues, les crues apportaient leurs limons et baignaient de manière épisodique les prairies humides où les canaux grouillant de vie constituaient d’immenses réservoirs à poissons.

Hélas, dès la fin de la guerre, le barrage de Baigts de Béarn sur le Gave de Pau après ceux de Soeix et Saint- Cricq sur le Gave d’Oloron commencent à isoler les meilleures zones de production. Les saumons ont de plus en plus de mal à trouver des zones de frayères adéquates et leurs populations s’amenuisent. L’alose reste encore abondante, mais l’extraction des granulats, l’intensification de l’irrigation, l’édification d’obstacles à leur migration finissent par avoir raison de ces abondantes populations vers la fin du XXe siècle et les pêcheurs professionnels désertent parallèlement les bords du fleuve, ne trouvant plus ni de raison d’espérer, ni suffisamment de poissons pour exercer leur métier. Actuellement, il ne reste plus qu’une cinquantaine de pêcheurs, 20 fois moins qu’au début de ce siècle, triste conséquence d’un environnement saccagé par l’inconscience de nos sociétés modernes et notre désintéressement pour la vie du fleuve considéré comme un simple vecteur de nos déchets.

Un signe d’espoir cependant, les élus comme les pêcheurs professionnels commencent à réagir. La pêche sur l’Adour est considérée maintenant comme faisant partie intégrante du patrimoine culturel régional. La pêche de la civelle surtout par le prix très élevé de cette espèce constitue encore une ressource économique et sociale qui peut aider, au bout du compte, à respecter cet environnement fluvial trait d’union entre les cultures de l’intérieur des terres et du littoral. Les barrages ont été équipés de passes à poissons, ces dernières années, et les saumons peuvent regagner les frayères du haut bassin qu’ils fréquentaient au début de ce siècle. Il reste, cependant, encore beaucoup à faire. Les zones humides sont encore saccagées. Certaines sont irrémédiablement perdues et leur disparition amenuise encore plus la capacité d’autoépuration de l’Adour qui apporte sur le littoral les résidus des activités urbaines, agricoles et industrielles qu’il draine de sa source vers son estuaire.

 

Évolution de l’activité de pêche sur l’Adour au Vingtième siècle

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